La Cubanerie porte bien son nom. Une enseigne vouée aux saveurs de la musique cubaine traditionnelle dont la carte des spécialités combine une sélection de grands crus de l’île et d’élixirs maison. Ravivant la flamme d’une scène cubaine qui a longtemps fait le bonheur des nuits parisiennes, ce « septeto » relève en outre le pari d’y apporter une touche personnelle, en français dans le texte.

 

A l’initiative du projet, le chanteur, clarinettiste et percussionniste David Lesprit n’en est pas à sa première cubanerie. De Dijon à Paris en passant par Baracoa et La Havane, ce jeune musicien polyvalent cultive sans relâche sa passion pour les rythmes cubains depuis plus d’une décennie. Sa participation à de nombreux orchestres latins de l’hexagone a amplement rôdé sa pratique d’une forme de chant, le « soneo », qui consiste à improviser des couplets en réplique au chœur. La Cubanerie lui permet de franchir une étape supplémentaire dans la maîtrise de cet art inhérent à la tradition cubaine. Sans renoncer à l’espagnol sur des reprises bien senties de pépites du répertoire insulaire, Lesprit associe désormais cette technique vocale à une démarche d’écriture, avec des compositions originales où sa sensibilité s’exprime naturellement dans sa langue maternelle, le français.

 

Une équipe de fines lames de la syncope l’accompagne dans cette aventure. Pour la plupart Cubains, les membres de La Cubanerie sont des instrumentistes rompus à la scène des musiques actuelles, qui ont notamment collaboré avec Sergent Garcia ou Oxmo Puccino. Nourri par un profond respect pour les racines musicales de Cuba, leur hommage à la richesse de ces expressions - le son et la rumba, mais aussi la trova, le changuí ou le danzón - reflète le regard et l’énergie contemporaine qu’ils ont acquis au fil de ces expériences. Serrée comme un poing, la formation se plaît à envoûter le public à la faveur d’une belle mélodie pour mieux l’entraîner vers la transe de son jeu polyrythmique.

 

Inaugurant un nouveau chapitre dans l’idylle entre Paris et les musiques cubaines, La Cubanerie s’écoute comme on boirait du rhum par les oreilles. Sans modération.

 

Yannis Ruel - Collaborateur aux magazines Mondomix, Vibrations et World Sound